Je suis de l’eau des marées… lorsque vient l’heure de se retirer au silence du berger.
Je suis de l’eau des marais… où languit la forme des pensées dans la gorge des grenouilles.
Passeras-tu le pont, vieux seuil du voyage, pour coloniser les forêts de lanternes éteintes ? Glisserons-nous ensuite dans la voie du ciel, assis sur nos charrettes en quête des champs d’étoiles ?
A la voûte du matin, plus rien ne se retient.
Les cygnes crient.
Les feuilles s’arrachent de leur peau d’arbre.
Les embruns nous ramènent à la grève et le sel, à ta bouche, n’a plus le même goût.
Croyais-tu vraiment que l’automne me laisserait sur le rivage, dormir des lunes sans perle ?
Mes jupons de fée finissent les filets des pêcheurs. Alors il n’est plus temps.
Non, il n’est plus temps de vouloir un printemps.
L’hiver règne, comme un cheval se cabre…
Mes eaux glacent nos chaumes sous la pluie des prières.
N’abîme pas pour moi tes mains déjà rongées, car la lumière te reviendra.
J’ai quitté la marque des mémoires sur les galets de nos côtes.
A mon tour, libre des tempêtes…
à Autumn, nymphe aux écailles cendrées
et son jumeau, porteur de lourds fagots
(illustration : S. Pui-Mun Law)
