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Ce matin, le jour ne s’est pas levé…
Il traîne une longue nuit, poudre grise sur les heures. Les nuages attablés pour dévorer les restes de lumière.
C’est comme si l’hiver était soudain venu m’embrasser, nonchalant et impromptu. Il restera longuement étalé sur les mois, comme un ciel trop petit pour laisser de la place à un astre. C’est lui qui viendra séduire vos minutes tranquilles, où, perdus entre les lignes d’un livre vous le laisserez s’éprendre de vos pages, de vos pensées, vous entraînant dans une ombre langoureuse où rien d’autre n’a de pouvoir que ses gestes lents et allongés.
Etrange idée que d’être éveillée quand tout paraît se vêtir de rêve, de somnolence. Je m’étonne presque de ne pas voir surgir sous mon regard émerveillé, quelque forteresse du royaume des invisibles. Mais peut-être est-ce simplement que je ne sais pas encore les découvrir... De mes promenades envoûtées par cette nuit claire, mes pieds savent mieux que ma tête retrouver le chemin du village.
Dans ce tourbillon de clair obscur, des petites maisons blanches se laissent humblement mais joliment dominer par ce nouvel état que la nature impose. Aux travers des fenêtres sans volets, percent des loupiottes heureuses. Les gens s’agitent et préparent la chaleur hivernale du foyer, enfournant une tourte de viande patiemment préparée. Il y a dans les rues, un très fort effluve de tourbe brûlée, signe des grands froids contre lesquels on se pare.
Ce soir, j’ajouterai moi aussi une couverture de laine, sautillant sur les minutes froides. Puis j’embraserai la cheminée de ma chambre… Je penserai alors à tous mes rires d’enfant face au trépignement intempestif des feux follets... Souvenirs des châtaignes qui noircissent dans la grande poêle, de la citrouille qu’on évide pour le monstre. mais aussi pour la soupe, pleine de crème comme une fantaisie picturale de gourmets en culotte courte…
Sous les branches déshabillées des arbres du jardin, quelques champignons contents de cette absence. Ils semblent rassasiés d’eau et d’humus… Les feuilles couchées sur le tapis d’herbe épais ont pâli légèrement, abandonnant leur teinte de vigne mure pour des ocres plus fades. J’ai envie de rire. Encore. Vous voyez, je suis sans doute toujours une enfant…
(illustration: Dulac)
