il pleut...
mais qu'est-ce que le silence dans le crépitement des secondes?
froides. moites.
il pleut...
c'est quelque chose qui arrive souvent par ici. entrer dans un tango, la nuit, laisser les gouttes danser pour la lune puis tirer le rideau...
les notes sont inutiles. le rythme est musique. j'ai froid. comme il est bon d'éprouver cette enivrante sensation... c'est une respiration, celle des feuilles qui se courbent, celle d'un ciel qui s'épuise.
j'existe. et si la froidure crispe mes muscles au seuil du jardin, je continue de me balancer dans le vieux rocking chair. j'hésite à aller chercher une couverture. mais pourquoi quitter minuit et ses gelures? pourquoi avoir besoin de plus. tout ça est suffisant.
j'inspire profondément et frissonner me réjouis étrangement... avoir froid c'est rejoindre toutes les vies avant nous, qui manquaient de bois mort et bien sec.
le vent ne s'est même pas levé.
il n'y a que cela.
la pluie. irrégulière et cavalière.
la lune entre deux nuages arpente la voûte sans parure en quête d'une étoile. la nature a des milliers d'odeurs quand l'eau la chatouille. je me promène dans leur jardin... j'entends comme une clarine au lointain. pourtant les bêtes n'en portent pas dans les glens. les moutons sont libres et pourquoi vouloir faire peser, au cou d'une aberdeen angus, la résonnance de sa claustration? ...sans doute le cliquetis lourd de l'eau dans les rêves d'une fée. elles aiment les grelots. demain, je penserai à en laisser un dans mon jardin.
sur une branche chancelante, incertaine, j'aperçois un oiseau qui se lave. appliqué, il déplie son aile comme un éventail et semble cacher ses yeux noirs, sans paupières, derrière les plumes tachées de son costume. pourquoi n'a-t-il pas froid?
je tremble.
je l'envie.
la pluie est cette liberté là...
je dois rentrer.
tant pis, je la cueillerai demain...
le fauteuil bascule encore.
(illustration: Froud)
