Je veux voir minuit et le jour qui suivra
où le sel aura creusé les fossés de mon temps
connaître comme toi l’aube qu’on croit dernière
et porter le tablier de tes refrains sous lesquels gît le monde
je veux reprendre le ciseau des bâtisseurs rompus
et tailler mon pinacle
aux gargouilles à genoux
qui s’abreuvent des pluies sans saisons et des saisons sans âmes
je veux la terre redessinant le sillon de mes eaux
jusqu’à tarir le cuir
et sentir mourir mes paumes
regarder grandir l’enfant
dans les champs d’épeautre aux tâches coquelicot
je veux
à la proue des brumes
assaillir ma vieillesse avec la même envie que toi
transmettre tes rires tes soupirs
aux conteurs de mémoire
… et braver les misères
navires absents des côtes
dans la houle des baleines
debout
en haut du mât
par-dessus la lumière
(illustration : J-B Monge)
