Pour la veillée, en cet instant paisible épargné par la tempête, je voudrais vous emmener dans ma vie présente, ma pensée saisonnière... Les mots ne seront pas les miens, mais ceux d'un grand auteur à mon sens. En quelques vers, je retrouve le silence familier, la couleur des infimes beautés et le sens de chaque jour... Aussi ai-je choisi de partager avec vous le secret du soir, l'alchimie de l'hiver, qui battent contre mon âme et se révèlent par la voix d'une autre conteuse...
TROGLODYTE
Saisons, saisons passées
Sous vos soleils, en transparence
les pétales ont fané
et ma mémoire hiberne
au ventre de la pierre.
Patience minérale
rocher où je m’inscris
de solitude en quiète absence
quand la pluie susurre
à l’intimité des abandons
consentis.
Là, réapprendre les gestes
chaque matin les conquérir
dans l’amitié du feu
où l’air et le bois
expirent des étoiles.
Frôlements, soupirs
chats légers glissant sur leur ombre
tandis que les sillages du vent
embarquent dehors
les dernières feuilles.
N’être plus rien qu’un long silence
un silence de terre, un silence de givre
une prière de bois brûlé
un adieu d’étincelles…
Et t’entendre bruire
infinitude
au pas secret du jour
dont les heures s’effacent
pour mieux t’écouter.
(illustration : Bergkvist)
