veillée...

chaudron d'étain

charlotte au pays des merveilles

le 20/03/2006 à 19h36

 

 




 



Dans la cour du jardin, la table familiale espère sa caresse saisonnière à l’huile de lin. Nourrie par des soins patients, elle verra enfin les couverts revenir autour d’elle. Elle n’a passé l’hiver qu’en compagnie du rouge-gorge qui venait y sautiller tout du long. C’est le printemps et ses matins blancs encore timides et frileux. Le coq fait les cent pas sur le mur et de temps à autre crie pour réveiller ses troupes. Les poules caquètent de bon cœur. Stoïque, le romarin, semble encore plus tordu que l’année précédente, débordant de la plate-bande avec une audace incontrôlée. En fait, charitablement, il se prépare à offrir ses ombres légères et parfumées au chat qui le griffe régulièrement. Relation patiente entre la bête et l’arbuste, mais chacun aime la compagnie de l'autre. Dans le champ, le cerisier qui n’a de cesse d’ouvrir davantage ses branches aux oiseaux gourmands, commence juste à faire quelques fleurs. Heureusement, l’été dernier fut généreux et il reste encore dans les placards de gros pots de cerises au sirop. Quoi de mieux pour fêter le printemps que d’allier l’hiver du chocolat noir et ce fruit estival ?... Voilà de quoi préparer avec vos doigts de fée un dessert des plus sincères.

 




 



Commencez par casser trois cents grammes de chocolat noir pâtissier en morceaux et faites fondre celui-ci, sans ajout d’eau, dans un bain-marie. Puis incorporez cent vingt-cinq grammes de beurre, laissant le soin à un leprechaun de bien mélanger le tout. Ensuite vous pourrez verser votre chocolat avec précaution sur quatre jaunes d’oeufs. Vous aurez pris soin d’en réserver les blancs. Un gnome vous les battra en neige en y ajoutant une pincée de sel et cinquante grammes de sucre glace. Je sens dans l’air l’odeur du feu de bois, des parfums de cannelle, de caramel. Il doit y avoir un elfe près d’ici… Mais restons concentrés sur notre ouvrage ! Nous en sommes à la partie délicate. Il faut incorporer les blancs montés en neige au chocolat. Puis y mélanger les cerises pendant que les lutins nettoient le plat de chocolat avec leurs doigts fins et coquins.

 




 



Maintenant, occupons-nous du biscuit. Ceux de Reims font merveilleusement l’affaire, mais il aura fallu qu’un centaure fasse la course jusque là-bas pour vous en ramener trois cents grammes. Si vous ne connaissez point de centaure ou ne trouvez pas ces magiques petits gâteaux roses, utilisez les habituels biscuits à la cuiller qui accompagnent souvent votre thé. La saveur change légèrement, mais elle saura séduire les convives. Les lutins ont renversé le jus des cerises dessus ? Aucune importance ! Il nous fallait de toute façon les tremper légèrement. Tapissons le fond et les côtés d’un moule à charlotte de nos biscuits humides. Versons ensuite la moitié de la mousse avant de mettre une nouvelle couche de biscuits. Enfin, nous pouvons laisser le leprechaun achever de mettre la mousse au chocolat et aux cerises. Comme ça, il aura la joyeuse impression d’avoir tout fait.

 




 



Bien, il nous reste à disposer joliment l’ultime couche de biscuits pour protéger le gâteau. Recouvrons d’une assiette pour tasser notre mousse. Les bodachs pourront toujours sauter dessus, ils ne laisseront pas de trace et aideront à condenser la préparation. Mais à présent, il va falloir être très patient… Votre œuvre a besoin de reposer au moins douze heures pour s’imprégner de tous les arômes. Oui, douze fois entendre l’horloge sonner avant d’entamer cette charlotte gourmande. J’entends trépigner les lutins qui n’escomptaient pas devoir faire preuve d’une telle patience. Mais lorsque l’aiguille aura fait un tour d’horloge et qu’enfin vous pourrez tous vous rassembler pour déguster le gâteau, pensez à le couvrir de copeaux de chocolat, blanc ou noir, pour parfaire sa décoration. Vous voilà devenus magiciens et ce dessert trônera au centre des mets. Tout le monde aura joliment habillé le bois de la table, pour le renouveau de ce jour printanier. Mais la nature, elle, n’aura eu besoin d’aucun geste de votre part pour s’embellir d’instant en instant.

 



 

 



Alors émerveillez-vous hobbits, faunes, elfes, centaures et fées, parce que le monde s’éveille pour vous. Réjouissez-vous !

 




 



 

 




 



 

 



 

 



 

 



 (illustration: Rackham)

 



 


©2006 - Bloxode.com est un service gratuit de Lexode.com - Prévenir d'un abus - Conditions d'utilisation