Mars et ses humeurs n’empêchent pas votre plaisir et la douceur du soleil printanier. Entre hiver et été, votre cocon se fragilise, sensible à la nature, à ses mouvements aléatoires et au jardin qui s’éveille. Restez alors avec moi pour redécouvrir les saveurs de la terre, de la mer, des saisons qui se chassent et se pourchassent. Prenez l’or dans vos mains, buvez à la coupe des plaisirs, souriez au temps qui cède à votre désir.
La lumière entre par la grande fenêtre du jardin et j’ai laissé la porte ouverte pour entendre plus distinctement le pépiement des oiseaux. Dans les restes de neige, les traces d’un petit chat. Après la bataille du vent, de la grêle et de la glace, le redoux m’envahit comme on se roule dans l’herbe d’été, heureux d’être chatouillé par ses brins libres. Jardin échevelé où reviendront pâquerettes et boutons d’or, pavots et glaïeuls, dans un carnaval de teintes. L’œuvre et la lumière… Je la sens pénétrer profondément dans l’humus, nourrir les jours aussi bien qu’elle me couvre de caresses.
Commençons donc ce repas tendre, mets de saison pour griser nos sens et chavirer les goûts au bord de nos lèvres séduites. C’est un être des eaux qui m’a soufflé le charme de ce plat. La beauté du jour, son côté insolite et singulier, tout ceci me donne envie de bouquets délicats aux papilles…
Hachons six jolies échalotes, puis faisons-les frémir dans vingt centilitres de vin blanc sec. La lumière dorée du liquide dessine des ombres claires sur le mur. Je devine des bodachs assis derrière la vitre, admirant ces esquisses sans formes et sans raison. Je ne les vois pas, mais le soleil met en évidences les marques de leurs mains contre le carreau, multitude de petites empreintes pleines de rire. Mais voilà déjà que le mélange ressemble à une purée humide, exactement ce qu’il nous faut. Je mixe la préparation en y ajoutant vingt centilitres de crème fraîche, je réchauffe, puis hors du feu, j’y incorpore peu à peu un beau morceau de beurre, environ quarante grammes. C’est le moment d’assaisonner cette sauce. Un peu de sel, de poivre, nul besoin d’en faire plus. Puis il faut cuire à la poêle une bonne quantité de noix de Saint-Jacques. Moi, j’en ai mis vingt-quatre, pour que ceux qui voudront partager mon repas puissent manger à leur faim. Je connais quelques gourmands et aujourd’hui je déjeune avec un faune. Pendant que les noix prennent une agréable couleur, on émince deux ou trois endives que l’on fera revenir jusqu’à les caraméliser légèrement, avec un peu de beurre. Salons, poivrons, et en fin de cuisson, ajoutons un généreux filet de sirop d’érable, pour adoucir l’amertume habituelle de ce légume d’hiver. Voilà de quoi le faire sourire. Si vous n'en avez pas, prenez du miel blond, c'est tout aussi bon.
Nappons à présent nos assiettes de crème à l’échalote et disposons élégamment les noix de Saint-Jacques. Souhaitez-vous décorer avec un peu de ciboulette et de persil ? Faites enfin une couronne avec les endives, tout autour, comme une guirlande de fête… Eh bien, le repas est prêt, je vous invite à passer à table, mes amis. Le faune a dressé le couvert au milieu du jardin, plateau de chêne, chemin de table en coton rustique, assiettes de porcelaine et chandeliers d’argent… Tout ne vous semble-t-il pas soudain avoir des allures de grandes réjouissances ?
C’est le printemps, dégustez en prenant votre temps…
(illustration: Labarre)
