Sous la pluie de printemps, écrasant les bourgeons, un menton de vieillard pointe vers moi.
Il me surveille, l'enfant imprudente tombée dans les marais fantômes.
Et ses yeux de faucons fixent l'horizon, noircissent l'océan... comme monte l'orage à l'assaut des ruines fauves.
Il y a sur les récifs les restes du passé, dévoré par les marées et le sel trop avide.
Du vert et des allées en fleurs, lui, le sorcier du pays, se moque. De moi sans doute aussi.
Il est la nuit dans le jour, l'antre somnambule où baignent les naïades ignorant ses fossés.
Mais il n'ouvre plus la bouche, ne dit plus d'où les ombres renaissent et où vont les souvenirs de ses caveaux humides. Il a vieilli, le cheveux gris, clairsemé, une tête de forêt à qui l'on aurait tranché trop de racines.
Vers la ténèbre, je sens fuir ses couloirs, indubitablement.
Qu'un autre conte commence, au regard d'une vallée oubliée et d'un roi détrôné, troublant les secrets du passage vers cet ailleurs vaincu.
Faux semblant ou réel...
Dort sur l'eau des douves.
Sonde sa peau d'airain.
A qui cherchera la vérité, il poussera les ailes, trop longues et trop lourdes pour la liberté... et tomberont les fous dans la Ronde du Nord.
entrez dans la Ronde du Nord...
(illustration : Anuk)
