l'endroit que j'aime le plus au monde, si l'on laisse toutes les terres merveilleuses à découvrir, c'est sans nul doute Seuilly... petit havre de silence où le foyer envahit toute la salle, tant par l'odeur forte du bois qui fume que par sa tiédeur somnolente. j'aime cette cave où le confort est celui du coeur, la pierre et le bois qui s'épousent, les vieilles poteries sur le vaisselier et les plantes séchées comme les monnaies du pape ou l'avoine.
... s'asseoir un soir d'été au seuil de la porte, dans le fauteuil en osier, et laisser l'oeil deviner le crapaud qui chante sous une pierre de la plate bande. les chats préfèrent chasser le rat et n'entendent pas les heures traîner...
l'automne est malgré tout la saison qui me charme le plus... premières flambées joyeuses dans la cheminée noire et les flammes qui viennent lécher le chaudron. le goût d'une soupe d'ortie, d'une soupe de potiron. les champignons qui nous attendent aux pieds des arbres. la confiture de figues, de mûres. le matin qui sent le brouillard et les cerfs qui fuient les bois et se heurtent à ma promenade. les noix et les noisettes qu'on préserve comme les écureuils et qu'on mangera accompagnées de miel blond. le roux de la nature, parfum d'humus sous la pluie...
j'avais déjà le sens des jours.
j'avais déjà le rythme des mots et des âges à venir.
mais l'écosse, comme un petit songe fluide, glissait toujours dans mes yeux, mes pensées. "je viens de là." quelque part, loin, très loin dans le temps, mon sang vivait au nord. je voulais ma racine, savoir si cette amour irrationnel pour un monde inconnu était celui de l'âme ou seulement un rêve poussiéreux... je vous emmène avec moi, s'il vous plaît...
un peu de tout ce qu'est Seuilly pour moi, entre vers et non dits... avant de partir.
Branche fléchie sans l’habit
Sous le souffle amoureux de l’hiver
La vie s’en va
Silencieuse et sereine
Dernier miel sur les noix d’automne
Appelant au foyer
Où se nichent les humbles rêves
Pour goûter les secrets
Et voir
Dans le trou d’une serrure
Danser la poupée de chiffon
Pain tiède à la cannelle
Sous la chandelle tremblante
Le lait
Lourd de sa crème
Sur tes lèvres gourmandes
Ils dorment tous…
Et le ballet des lucioles
Sort de tes vieux livres
Tous tes contes ont moisi
Leur couverture a jauni
Et le chat te regarde
Ton temps a couru les montagnes
Mais tu aimes encore l’air de pluie
Que jouent le vent et l’ombre
Ils oublient tous…
Pourtant, tu as ces yeux d’enfant
Le chaudron siffle
Le bois craque pour les sourds
Tu n’as pas oublié
Le farfadet assis au bord de ta fenêtre
Fumant sa longue pipe
Le jonc a fané sur les ans surannés
Mais d’autres fleurs
D’autres âmes
Ont comblé ta maison
Sous les couettes des petits se sont blottis tes chants
Et même mourantes
Tes mains noueuses n’effacent rien du décor quotidien…
(illustration: Froud)


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